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Personne ne devrait être autorisé à parler de la beauté, à l’exception des horreurs. Je suis l’être le plus laid que j’aie rencontré : je considère donc que j’ai ce droit. C’est un tel privilège que je ne regrette pas mon sort.
Et puis il y a une volupté à être hideux. Par exemple, nul n’a autant de plaisir que moi à se balader dans la rue : je scrute les visages des passants, à la recherche de cette instant sacré ou j’entrerai dans leur champs de vision - j’adore leurs réactions, j’adore la terreur de l’un, la moue révulsée de l’autre, j’adore celui qui détourne le regard tant il est gêné, j’adore la fascination enfantine de ceux qui ne peuvent me lâcher des yeux.
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Il y a quelque chose de mal digéré au sujet de la beauté : tout le monde est d’accord pour dire que l’aspect extérieur a peu d’importance, que c’est l’âme qui compte, etc. Or, on continue à porter en pinacle les stars de l’apparence et renvoyer aux oubliettes les tronches de mon espèce.
Comme quoi les gens mentent. Je me demande s’ils en sont conscients. C’est cela qui m’énerve : l’idée qu’ils mentent sans le savoir.
J’ai envie de leur lancer en pleine figure : « jouez aux purs esprits si cela vous chante. Affirmez encore que vous ne jugez pas les gens sur leur mine, si cela vous amuse. Mais ne soyez pas dupes ! »
Amélie Nothomb, extrait de l’Attentat










