Cela n’était que l’épilogue de l’histoire, l’histoire d’une guerre qui a fini par me rendre indifférent a mes propres sentiments, indifférent a l’envie même de vivre ou de mourir. Cette guerre qui a commencé il y a 2 000 ans dans la terre de Maurgue, dans le palais du grand Mage Erzelgur à la sortie d’une réunion avec le roi Mirgue, ou il décida la création d’un clan censé ne pas exister ayant pour but de surveiller les autres Rois discrètement.
Elle fut conçue dans le plus grand secret, le lendemain à la première heure du jour. Cinq des plus grands généraux du royaume furent chargés de tester et recruter, parmi une certaine élite, cinq groupes d’une quinzaine de personnes aux capacités bien plus élevées que la moyenne. Chaque groupe étant destiné à la surveillance d’un roi, rattaché a un général, et symbolisant un élément naturel. Ils furent reconnus chacun par un nom d’unité tel que Firor, ayant pour symbole une flamme. Aquor représenté par une goutte d’eau, Elios signée d’un tourbillon de vent, Grunos estampillé de montagnes et Hooros représentant la forêt. Mais tous appartenaient au clan des Djiannes, reconnaissable au symbole antique, un Taiji apposé sur une feuille de lierre, qu’ils avaient tous de tatoué sur l’épaule droite.
Mais actuellement le temps passe, et les heures défilent en longeant mes pas qui m’enfouissent toujours plus profondément au cœur de la terre. J’avance, j’avance encore, j’avance toujours pour me perdre avec plus de vigueur dans un vide devenant étouffant. Je ressens l’inutilité de tout, le froid n’est plus qu’une lointaine sensation sur ma peau, mon esprit c’est détaché et erre autour d’un corps vacant, démuni et morne. Je continue à marcher, sans but ni fin prévue…
Ce fut la faim me tiraillant le ventre qui me fit sortir de ma torpeur. Une faim de damné, c’était la seule sensation que je ressentais encore, car au fil de mes années de conditionnement et de service à ma cause, on m’avait appris à occulter mes émotions afin d’accroître le pouvoir de mes cinq sens et ainsi découvrir mon sixième une sorte de perception de l’avenir.
Ma longue errance dans le froid finit par me conduire en plein milieu des Hauts-Plateaux d’Emeraude. Une galerie y débouchait, profitant ainsi de l’occasion de revoir le soleil.
Dès que ma tête fût sortie à l’air libre, une légère brise vint remuer mes cheveux d’un noir de jais à la manière de l’herbe rase dans les plaines. Le vent me fit du bien malgré moi et mon regard enflammait un paysage de verdurs et se rempli de reliefs qui me faisait magistralement face. Des arbres sûrement centenaires parsemaient seuls ou en groupe les alentours que m’offrait ma vue.
Je fis quelques pas et me retrouvai perché sur les contreforts de ces montagnes à l’aspect pourtant si étrange. Ce que je vis à ce moment là, fini par me couper le souffle. Bien des années s’étaient écoulées sans que rien n’arrivât à me faire ressentir un tel effet. A quelques mètres de moi, les rives du Lacs Aux-Mille-Tourments resplendissaient du reflet d’un soleil couchant. Les scintillements orangé qu’il produisait brillaient tous autour de moi comme dans un rêve. Personnellement, je trouvai qu’il portait mal son nom, le lac Aux-Mille-Eclats lui aurait mieux convenu à cet instant-ci, pourtant par le passé il l’avait bien porté, car c’était a cette endroit que l’on m’avait arrêté au terme de l’ultime bataille de cette guerre millénaire, moi le seul survivant d’une société morte.
La nuit commençait à tomber, et une fraîcheur accueillante s’empara soudainement mais avec douceur de tout ce qui se trouvait à sa portée.
Moi je restai là, immobile dans une obscurité qui se rapprochait à grandes enjambées. Le regard perdu dans le paysage qui s’étendait jusqu’au bout de l’horizon, ce tableau raviva un tourbillon de souvenirs qui remontait sans prévenir. Je fermai les yeux pour m’engager dans une lutte personnelle afin de m’en débarrasser aussi vite que possible, de ne pas retomber dans ma mélancolie, puis une fois ce combat remporté, je repartis vers l’entrée de la galerie pour passer la nuit à l’abri du vent. En espérant aussi à l’abri de mon passé.
Les étoiles commençaient à luire dans un ciel dépourvu de nuages. Le seul bruit était le léger froissement des feuillages dans le souffle des ténèbres et de temps à autre un bruit sourd d’animal, me rappelant qu’au loin la vie existait encore.
Le sommeil finit par me prendre tard dans la nuit. Je le redoutais autant qu’il m’était inévitable. Cet univers de rêves pouvait si vite se transformer en cauchemars, ou en porte déverrouillée sur des souvenirs douloureux de mon passé…Pourtant, j’y sombrai sans chagrin cette nuit-là, même malgré la fraicheur et le vent devenus hostiles sous un ciel étoilé.
Mes rêves furent agités, mais ce ne fut rien comparé à avant…
C’est le chant d’un rossignol qui me réveilla. Il se tenait juché sur les souples branches d’un arbre alentours, et emplissait de gaieté passagère mon âme en cette matinée si insolite.
Mon ventre me cria famine une fois de plus, et dans un grand effort je me levai pour partir à la recherche de quelque chose à me mettre sous la dent.
Puis je me suis rappelé que pas loin de là se trouvai une clairière avec des baies comestibles, je me mis en quête de cette clairière que je trouvai au bout de vingt minutes, et ou je pu enfin assouvir ma faim avant de repartir vers le sud sur les traces de mon passé, pour retrouver d’où je venais et où je devais aller maintenant que le but de ma vie avait été atteint, que toute ceux qui constituaient ma famille avaient disparus depuis longtemps, maintenant que mon univers n’existai plus, maintenant que je devais renaitre, je parti vers ce nouvel horizon. Cette nouvelle vie.


